ÜBER EUROPA

Paris, 16 Februar 2019

La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous les Européens

16. Februar 2019
Chronique L’Opinion: «La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous les Européens»

Et dire que nous pensions avoir gagné la partie. Que jamais, le poison de l’antisémitisme ne pourrait ressurgir. Parce que, sous l’Allemagne nazie, l’inhumanité avait atteint un tel point, l’horreur un tel niveau, que l’Europe ne pouvait qu’être préservée pour toujours de toute tentation antisémite.

Mais l’hydre était toujours présente, tapie dans l’ombre, attendant son heure.

De nouveau, nous voyons apparaître des inscriptions anti-juives et autres croix gammées sur des immeubles, sur des vitrines de magasins. De nouveau, les attaques à caractère antisémite se multiplient. La France est loin d’être un cas isolé en Europe .

En Allemagne aussi, le gouvernement fédéral vient d’annoncer que le nombre d’agressions à caractère antisémite a augmenté de 60% en 2018 par rapport à 2017.

Dans notre pays rongé à jamais par la culpabilité des crimes du IIIe Reich, nous assistons, stupéfaits, à la réapparition d’un discours résolument anti-juif, alimenté par une extrême-droite revigorée. L’AfD qui faisait tant d’efforts pour faire croire qu’elle était devenue fréquentable ne se donne désormais même plus la peine de faire semblant – les incidents récents au parlement bavarois au moment de la commémoration de l’Holocause l’ont encore démontré. Elle manifeste ouvertement aux côtés de groupes néo-nazis et contribue à libérer le discours de haine contre les juifs.

Les chiffres rendus publics la semaine dernière donnent le vertige, tout comme les résultats des études de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne sur la perception, par les Européens de confession juive, de la montée de l’antisémitisme.

L’idée qu’en Europe, au XXIe siècle, les juifs se sentent en danger, changent leurs habitudes par crainte pour leur sécurité et celle de leurs proches, et envisagent même de quitter notre continent, est tout simplement insupportable.

Cela doit nous servir d’électrochoc, à nous, responsables politiques, comme à la société tout entière.

Les grandes plateformes du web, qui sont devenues des diffuseurs et des amplificateurs de désinformation, de théories du complot et de discours haineux en tous genres, doivent être mises devant leurs responsabilités. Nous devons exiger d’elles une politique beaucoup plus ferme de lutte contre les propos racistes et antisémites.

Partout en Europe, nous devons aussi en faire beaucoup plus pour transmettre la mémoire de l’Holocauste aux jeunes Européens, par l’enseignement et le dialogue. Chaque lycéen européen devrait, une fois dans sa scolarité, visiter le Mémorial d’Auschwitz-Birkenau. Parce qu’en arpentant ce lieu d’horreur absolue, la tragédie de l’Holocauste devient concrète, incarnée. Cette émotion qui submerge et laisse sans voix est notre meilleure arme contre la haine.

Je salue l’appel à l’union contre l’antisémitisme lancée par quatorze partis politiques français, pour manifester ce mardi à Paris et dans toute la France contre l’antisémitisme. Je souhaite que ce mouvement prenne de l’ampleur.

Car c’est dans toute l’Europe que les partis démocratiques doivent affirmer de manière résolue que la lutte contre l’antisémitisme n’est pas l’affaire d’une communauté, mais de tous les Européens. Et c’est tous ensemble que nous devons dire « Plus jamais ça».

 

Retrouvez ici ma chronique dans L’Opinion (France).